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 Les valeurs de notre République

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KS
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Sam 31 Déc à 0:22

oué oki. Mais parlons plutot des valeurs que les gens ont !!! Plus aucune plus aucun jeune ne respecte la république de nos jours enfin aucun ..... Shit
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Sulrun
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Sam 31 Déc à 11:28

S'il n'y a plus aucun respect des valeurs de la République, pour ma aprt je pense que c'est en grande partie de la faute des homes politiques qui dégoutent les jeunes, et d'autre part, les valeurs de la république qui sont "liberté, églité, fraternité", les jeunes se rendent compte que ça n'évolue pas dans ce sens (selon la thèse de Guillaume) ou que çà n'est pas du tout applqiué. Forcément, tout ça ajouté, çà crée un réel dégout de la politique pour les jeunes, qui pour eux, voient la république par les politiciens et leur polique, et donc si ces deux critères sont mauvais, la république leur paraitra mauvaise.
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KS
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Sam 31 Déc à 13:41

Je suis d'accord : LIBERTE bon encore liberté je pense que c'est pas mal appliqué; EGALITE c'est ca oué EGALITE !!!!! Des gens dorment dans la rueen ce moment par des temps pas possible et on retrouve des corps geler et même des bébé dans les poubelles ! FRATERNITE !!!!! affraid C'est le PIRE pour moi fraterniter = respect et solidariter quand on ne sourit même pas au gens dans la rue ect ... ce n'est pas de la fraterniter? Je ne sais pas si la politique respecte cette devise mais les gens sa je suis sur que non !
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Sulrun
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Sam 31 Déc à 13:44

Je pense que les gens ne respectent pas cette devise car il n'y a rien qui les contraint à les respecter, rien qui leur obllige de se comporter comme de vrais etre humains envers les autres. Et comme la politque ne l'oblige pas, les gens s'en fichent! Il faut un peu obliger les gens à se comporter ent ant que tel pour que plus tard ça leur devienne spontanée. Une obligation n'est pas toujours néfaste! Wink
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KS
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Sam 31 Déc à 14:02

Oui c'est sur !!! Je pense qu'on ta toujours obliger a te brosser les dents !!!!!!! Et benh c'est pareil Mr.Red Wink Oui mais c'est compliquer tout le monde se fiche de tout le monde et sa ne surprend même plus de nos jours tout les horreur qu'on voit a la télé !!!!! batman
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Sulrun
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Sam 31 Déc à 14:06

C'est pour ça que je pense qu'il est temps queles gouvernements prennent des décisions fortes, et vite.
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Cohn-Bendit
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Sam 31 Déc à 14:50

Fauit pas faire de généralités, beaucoup de gens sont encore respectueux des valeurs de la République, les politiques (qui sont sencés être représentatifs du peuple), les casseurs de banlieue, une partie importante des électeurs, ne le sont pas, mais prenez les membres des associations (féministes, d'aides aux SDF, etc.), prenez les gens autour de vous : les gens qui manquent de respect envers les valeurs de la République ne sont pas toujours aussi nombreux qu'on le dit (ils sont trop nombreux certes), l'ennui c'est qu'ils disposent souvent de peu de moyens (regardez le MLC par exemple) pour changer les choses.
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Sulrun
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Sam 31 Déc à 14:57

Je comprends bien, mais bien que faire des génralités soit mauvais, on pourra constater que, maintenant depuis un bon nombre d'années, il y a une perte flagrante des valeurs de la république, et ce pour plusieurs critère dont ceux précédemment cités.
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Krissy
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Dim 1 Jan à 19:15

Bien sûr tout le monde aime les valeurs de la république, c'est des valeurs qui font rêver...
Néanmoins l'application dans la vie n'est pas toujours aussi simple.
Je pense que c'est principalement du au fait qu'on entre dans une ère où l'individualisme prône, en gros chacun pour sa geule...
Parce que de nos jours, tout le monde a des problèmes, qui n'en a pas ?
Mais chacun cherche à régler les siens d'abord, et ensuite ceux des autres.
On est en permanance en concurrence avec d'autres. La pub nous incite à devenir toujours plus beau, plus riche et plus intelligent que les autres.
Je pense que la faille est dû au système lui même, pas forcément aux gens qui en font partie.
Mais peut-être que je rentre dans un autre débat là nan ? Rolling Eyes
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Sulrun
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Lun 2 Jan à 0:23

Dans un problème, on n'est jamais tout seul, donc je pense que ce sytème est responsable, mais en utilisant la nature individualiste de l'Homme, l'Homme devient responsable à son tour. Et donc il y a une responsabilité dualle qui vivent l'une sur l'autre.
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Krissy
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Lun 2 Jan à 13:55

Je ne pense pas que l'homme soit individualiste de nature.
Je pense que c'est le système dans lequel il évolue qui le fait devenir ainsi. Quand on prend des peuples qui ne vivent pas dans un tel système, on voit qu'ils sont beaucoup "égalitaires" entre eux, je veux dire par là que chacun prendra une personne en charge si elle a un problème. Les valeurs d'égalité et de fraternité sont beaucoup plus respectée que par chez nous.
Malheureusement je ne vois aucune solution pour changer ce phénomène en France, puisque ce comportement fait maintenant partie de la mentalité des français.
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Sulrun
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Lun 2 Jan à 16:11

Oui, mais ce n'est pas forcément la société non plus qui rend l'individu individualiste, car comme tu le verras sur le topic sur le moyen age(qui était une société), il y avait beaucoup de fraternité. Je pense qu'en chacun de nous, il y a une part d'individualisme. La société dans laquelleon vit se base là dessus, et pour ce faire joue avec en le réveillant à un tel point qu'il prend le pas sur les sentiments de fraternité, d'aide... mais je pense que ce sentiment n'est pas CREER par la société, mais UTILISER par elle plutot.
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Robin des Bois
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Mar 3 Jan à 22:51

L'individualisme découle de notre société, c'est la conséquence de l'exode rurale, du dvpt du capitalisme...

Sulrun et KS, merci pour votre loooooooooonnnnnnnnnng monologue en page 2. Very Happy Vous êtes les seuls à parler... Laughing

Merci de faire attention à l'avenir, ce genre de truc c lour (et je le di sans méchanceté thumright )

flower
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Pedro la main froide
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Mer 4 Jan à 17:30

Dis moi Robin quel temps fait-il dans la forêt de Sherwood ? je plaisante inutile d'y répondre, je tiens simplement à te signaler qu'il y a un staff sur ce forum qui s'efforce d'empêcher ce dont tu parles.
Merci de ta compréhension et retour au débat
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Retro
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Jeu 5 Jan à 18:55

bah il suffit d'être droit et de ne pas se laisser aller en choissisant la voix qui apparaît comme étant la plus facile un peu dhonneté de franchise
de jamais courber la tête pour personne et de n'appartenir à personne

je ne sais pas si vous serez digne des valeurs de la république, mais à défault c'est mieux de se savoir être un gagnant.
je pense que chercher d'ou provient l'individualisme ne sert rien communiste ( euh robin des bois)
et donner au pauvre ne changera pas de beaucoup la société;
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Pedro la main froide
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Jeu 5 Jan à 18:58

Sauf que l'individualisme est un concéquence, je ne vais pas faire honneur à mes cours de terminale mais il y a un sociologue qui avait prédit que la démocratie moderne engendrait ce problême (aidez moi comment il s'appelle ?)
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Cohn-Bendit
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Jeu 5 Jan à 19:00

Tocqueville ? Weber ? Confused
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Pedro la main froide
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Jeu 5 Jan à 19:07

Tocqueville !
Il avait montré comment la démocratie et l'apogée du capitalisme engendrait le retrait sur la sphère privée et donc l'individualisme.
Tout ça pour dire que l'individualisme et une conséquence, et qu'on ne peut pas que le subir, il provient des moeurs de notre société.
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Krissy
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Ven 6 Jan à 13:13

Oui mais le MLC, comme son nom l'indique lutte pour le changement.
Quelles sont les positions exactes du MLC quant à ce phénomène d'individualisme dans les moeurs ?
Parce que si l'on veut tenter de bâtir une société plus fraternelle, c'est une partie du système qu'il va falloir changer.
Quelles sont vos solutions ?
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Jérôme
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Ven 6 Jan à 18:01

Citation :
Quelles sont les positions exactes du MLC quant à ce phénomène d'individualisme dans les moeurs ?
Je pense que chaque membre aurait sa réponse personnelle à donner à cette question. En effet, tu sais peut-être que le MLC est un Parti qui se refuse à être rangé dans une des trois grandes familles politiques : c'est un Parti ouvert à tous, sauf aux extrèmes.
De fait, certains considérerons que le phénomène d'individualisme est une tare, d'autres une bonne chose au sein de ce mêm Parti qu'est le MLC.

Citation :
Parce que si l'on veut tenter de bâtir une société plus fraternelle, c'est une partie du système qu'il va falloir changer.
Quelles sont vos solutions ?
Le MLC, si il est ouvert aux idées "de gauche" comme "de droite", reste un Parti très tourné vers le social, et ses mesures sont placées sous le sceau de la solidarité.
En ce sens, on peut dire que globalement l'ensemble de notre Programme répond à ta question d'une manière ou d'une autre.

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Erpat
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Mar 17 Jan à 21:53

Krissy a écrit:
Oui mais le MLC, comme son nom l'indique lutte pour le changement.

Tiens, c'est rassurant, en lisant toutes les constatations à ce sujet sur la société, je commençai à m'interroger sur la réelle existence de ce débat! Merci de le rappeler en tout cas!
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Mayrik
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Mar 7 Mar à 5:20

Quelques textes qui devraient vous plaire...

Citation :
Chanson

Courtisans ! attablés dans la splendide orgie,
La bouche par le rire et la soif élargie,
Vous célébrez César très-bon, très-grand, très-pur ;
Vous buvez, apostats à tout ce qu'on révère,
Le chypre à pleine coupe et la honte à plein verre...
Mangez, moi je préfère,
Vérité, ton pain dur.

Boursier qui tonds le peuple, usurier qui le triches,
Gais soupeurs de Chevet, ventrus, coquins et riches,
Amis de Fould le juif et de Maupas le Grec,
Laissez le pauvre en pleurs sous la porte cochère ;
Engraissez-vous, vivez, et faites bonne chère...
Mangez, moi je préfère,
Probité, ton pain sec.

L'opprobre est une lèpre et le crime une dartre.
Soldats qui revenez du boulevard Montmartre,
Le vin, au sang mêlé, jaillit sur vos habits ;
Chantez ! la table emplit l'école militaire,
Le festin fume, on trinque, on boit, on roule à terre...
Mangez, moi je préfère,
Ô gloire, ton pain bis.

Ô peuple des faubourgs, je vous ai vu sublime,
Aujourd'hui vous avez, serf grisé par le crime,
Plus d'argent dans la poche, au cœur moins de fierté.
On va, chaîne au cou, rire et boire à la barrière,
Et vive l'empereur ! et vive le salaire ! ...
Mangez, moi je préfère,
Ton pain noir, liberté !

Jersey, décembre 1852
Victor Hugo
Citation :
A propos de la loi Faider

Ce qu'on appelle Charte ou Constitution
C'est un antre qu'un peuple en révolution
Creuse dans le granit, abri sûr et fidèle.
Joyeux, le peuple enferme en cette citadelle
Ses conquêtes, ses droits, payés de tant d'efforts,
Ses progrès, son honneur ; pour garder ces trésors,
Il installe en la haute et superbe tanière
La fauve liberté, secouant sa crinière.
L'œuvre faite, il s'apaise, il reprend ses travaux ;
Il retourne à son champ, fier de ses droits nouveaux,
Et tranquille, il s'endort sur des dates célèbres,
Sans songer aux larrons rôdant dans les ténèbres.
Un beau matin, le peuple en s'éveillant va voir
Sa constitution, temple de son pouvoir ;
Hélas ! de l'antre auguste on a fait une niche.
Il y mit un lion, il y trouve un caniche.

Jersey, décembre 1852
Victor Hugo
Citation :
Ô drapeau de Wagram

Ô drapeau de Wagram ! ô pays de Voltaire !
Puissance, liberté, vieil honneur militaire,
Principes, droits, pensée, ils font en ce moment
De toute cette gloire un vaste abaissement.
Toute leur confiance est dans leur petitesse.
Ils disent, se sentant d'une chétive espèce :
- Bah ! nous ne pesons rien ! régnons. - Les nobles cœurs !
Ils ne savent donc pas, ces pauvres nains vainqueurs,
Sautés sur le pavois du fond d'une caverne,
Que lorsque c'est un peuple illustre qu'on gouverne,
Un peuple en qui l'honneur résonne et retentit,
On est d'autant plus lourd que l'on est plus petit !
Est-ce qu'ils vont changer, est-ce là notre compte ?
Ce pays de lumière en un pays de honte ?
Il est dur de penser, c'est un souci profond,
Qu'ils froissent dans les cœurs, sans savoir ce qu'ils font,
Les instincts les plus fiers et les plus vénérables.
Ah ! ces hommes maudits, ces hommes misérables
Eveilleront enfin quelque rébellion
A force de courber la tête du lion !
La bête est étendue à terre, et fatiguée ;
Elle sommeille au fond de l'ombre reléguée ;
Le mufle fauve et roux ne bouge pas, d'accord ;
C'est vrai, la patte énorme et monstrueuse dort ;
Mais on l'excite assez pour que la griffe sorte.
J'estime qu'ils ont tort de jouer de la sorte.

Jersey, juin 1853
Victor Hugo
Citation :
A ceux qui dorment

Réveillez-vous, assez de honte !
Bravez boulets et biscayens.
Il est temps qu'enfin le flot monte,
Assez de honte, citoyens !
Troussez les manches de la blouse ;
Les hommes de quatre-vingt-douze
Affrontaient vingt rois combattants.
Brisez vos fers, forcez vos geôles !
Quoi ! vous avez peur de ces drôles
Vos pères bravaient les Titans !

Levez-vous ! foudroyez et la horde et le maître !
Vous avez Dieu pour vous et contre vous le prêtre ;
Dieu seul est souverain.
Devant lui nul n'est fort et tous sont périssables.
Il chasse comme un chien le grand tigre des sables
Et le dragon marin ;
Rien qu'en soufflant dessus, comme un oiseau d'un arbre,
Il peut faire envoler de leur temple de marbre
Les idoles d'airain.

Vous n'êtes pas armés ? qu'importe !
Prends ta fourche, prends ton marteau !
Arrache le gond de ta porte,
Emplis de pierres ton manteau !
Et poussez le cri d'espérance !
Redevenez la grande France !
Redevenez le grand Paris !
Délivrez, frémissant de rage,
Votre pays de l'esclavage,
Votre mémoire du mépris !

Quoi ! faut-il vous citer les royalistes même ?
On était grand aux jours de la lutte suprême !
Alors, que voyait-on ?
La bravoure, ajoutant à l'homme une coudée,
Etait dans les deux camps. N'est-il pas vrai, Vendée,
Ô dur pays breton ?
Pour vaincre un bastion, pour rompre une muraille,
Pour prendre cent canons vomissant la mitraille,
Il suffit d'un bâton !

Si dans ce cloaque on demeure,
Si cela dure encore un jour,
Si cela dure encore une heure,
Je brise clairon et tambour.
Je flétris ces pusillanimes ;
Ô vieux peuple des jours sublimes,
Géants à qui nous les mêlions,
Je les laisse trembler leurs fièvres,
Et je déclare que ces lièvres
Ne sont pas vos fils, ô lions !

Jersey, septembre 1853
Victor Hugo
Citation :
Aux femmes

Quand tout se fait petit, femmes, vous restez grandes.
En vain, aux murs sanglants accrochant des guirlandes,
Ils ont ouvert le bal et la danse ; ô nos sœurs,
Devant ces scélérats transformés en valseurs,
Vous haussez, - châtiment ! - vos charmantes épaules.
Votre divin sourire extermine ces drôles.
En vain leur frac brodé scintille, en vain, brigands,
Pour vous plaire ils ont mis à leurs griffes des gants,
Et de leur vil tricorne ils ont doré les ganses,
Vous bafouez ces gants, ces fracs, ces élégances,
Cet empire tout neuf et déjà vermoulu.
Dieu vous a tout donné, femmes ; il a voulu
Que les seuls alcyons tinssent tête à l'orage,
Et qu'étant la beauté, vous fussiez le courage.

Les femmes ici-bas et là-haut les aïeux.
Voilà ce qui nous reste !

Abjection ! nos yeux
Plongent dans une nuit toujours plus épaissie.
Oui, le peuple français, oui, le peuple messie,
Oui, ce grand forgeron du droit universel
Dont, depuis soixante ans, l'enclume sous le ciel
Luit et sonne, dont l'âtre incessamment pétille,
Qui fit voler au vent les tours de la Bastille,
Qui broya, se dressant tout à coup Souverain,
Mille ans de royauté sous son talon d'airain,
Ce peuple dont le souffle, ainsi que des fumées
Faisait tourbillonner les rois et les armées,
Qui, lorsqu'il se fâchait, brisait sous son bâton
Le géant Robespierre et le titan Danton,
Oui, ce peuple invincible, oui, ce peuple superbe
Tremble aujourd'hui, pâlit, frissonne comme l'herbe,
Claque des dents, se cache et n'ose dire un mot
Devant Magnan, ce reître, et Troplong, ce grimaud !
Oui, nous voyons cela ! nous tenant dans leurs serres,
Mangeant les millions en face des misères,
Les Fortoul, les Rouher, êtres stupéfiants,
S'étalent ; on se tait. Nos maîtres ruffians
A Cayenne, en un bagne, abîme d'agonie,
Accouplent l'héroïsme avec l'ignominie ;
On se tait. Les pontons râlent ; que dit-on ? rien.
Des enfants sont forçats en Afrique : c'est bien.
Si vous pleurez, tenez votre larme secrète.
Le bourreau, noir faucheur, debout dans sa charrette,
Revient de la moisson avec son panier plein ;
Pas un souffle. Il est là, ce Tibère-Ezzelin
Qui se croit scorpion et n'est que scolopendre,
Fusillant, et jaloux de Haynau qui peut pendre ;
Éclaboussé de sang, le prêtre l'applaudit ;
Il est là ce César chauve-souris qui dit
Aux rois : voyez mon sceptre ; aux gueux : voyez mon crime ;
Ce vainqueur qui, béni, lavé, sacré, sublime,
De deux pourpres vêtu, dans l'histoire s'assied,
Le globe dans sa main, un boulet à son pied ;
Il nous crache au visage, il règne ! nul ne bouge.

Et c'est à votre front qu'on voit monter le rouge,
C'est vous qui vous levez et qui vous indignez,
Femme, le sein gonflé, les yeux de pleurs baignés,
Vous huez le tyran, vous consolez les tombes,
Et le vautour frémit sous le bec des colombes !

Et moi. proscrit pensif, je vous dis : Gloire à vous !
Oh oui, vous êtes bien le sexe fier et doux,
Ardent au dévouement, ardent à la souffrance,
Toujours prêt à la lutte, à Béthulie, en France,
Dont l'âme à la hauteur des héros s'élargit,
D'où se lève Judith, d'où Charlotte surgit !
Vous mêlez la bravoure à la mélancolie.
Vous êtes Porcia, vous êtes Cornélie,
Vous êtes Arria qui saigne et qui sourit ;
Oui, vous avez toujours en vous ce même esprit
Qui relève et soutient les nations tombées,
Qui suscite la Juive et les sept Macchabées.
Qui dans toi, Jeanne d'Arc, fait revivre Amadis ;
Et qui, sur le chemin des tyrans interdits
Pour les épouvanter dans leur gloire éphémère,
Met tantôt une vierge et tantôt une mère !

Si bien que par moments, lorsqu'en nos visions
Nous voyons, secouant un glaive de rayons,
Dans les cieux apparaître une figure ailée,
Saint Michel sous ses pieds foulant l'hydre écaillée,
Nous disons : c'est la Gloire et c'est la Liberté !
Et nous croyons, devant sa grâce et sa beauté,
Quand nous cherchons le nom dont il faut qu'on le nomme,
Que l'archange est plutôt une femme qu'un homme !

Jersey, mai 1853
Victor Hugo
Citation :
Au peuple

Il te ressemble ; il est terrible et pacifique.
Il est sous l'infini le niveau magnifique ;
Il a le mouvement, il a l'immensité.
Apaisé d'un rayon et d'un souffle agité,
Tantôt c'est l'harmonie et tantôt le cri rauque.
Les monstres sont à l'aise en sa profondeur glauque ;
La trombe y germe ; il a des gouffres inconnus
D'où ceux qui l'ont bravé ne sont pas revenus ;
Sur son énormité le colosse chavire ;
Comme toi le despote, il brise le navire ;
Le fanal est sur lui comme l'esprit sur toi ;
Il foudroie, il caresse, et Dieu seul sait pourquoi ;
Sa vague, où l'on entend comme des chocs d'armures,
Emplit la sombre nuit de monstrueux murmures,
Et l'on sent que ce flot, comme toi, gouffre humain,
Ayant rugi ce soir, dévorera demain.
Son onde est une lame aussi bien que le glaive ;
Il chante un hymne immense à Vénus qui se lève ;
Sa rondeur formidable, azur universel,
Accepte en son miroir tous les astres du ciel ;
Il a la force rude et la grâce superbe ;
Il déracine un roc, il épargne un brin d'herbe ;
Il jette comme toi l'écume aux fiers sommets,
O Peuple ; seulement, lui, ne trompe jamais
Quand, l'œil fixe, et debout sur sa grève sacrée,
Et pensif, on attend l'heure de sa marée.

Au bord de l'Océan, juillet 1853
Victor Hugo
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Mayrik
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Mar 7 Mar à 5:20

Citation :
Le parti du crime

"Amis et Frères ! en présence de ce gouvernement infâme, négation de toute morale, obstacle à tout progrès social, en présence de ce gouvernement meurtrier du peuple et violateur des lois, de ce gouvernement né de la force, et qui doit périr par la force, de ce gouvernement élevé par le crime et qui doit être terrassé par le droit, le Français digne du nom de citoyen ne sait pas, ne veut pas savoir s'il y a quelque part des semblants de scrutin, des comédies de suffrage universel et des parodies d'appel à la nation ; il ne s'informe pas s'il y a des hommes qui votent et des hommes qui font voter, s'il y a un troupeau qu'on appelle le Sénat et qui délibère et un autre troupeau qu'on appelle le peuple et qui obéit ; il ne s'informe pas si le pape va sacrer au maître-autel de Notre-Dame l'homme qui - n'en doutez pas, ceci est l'avenir inévitable - sera ferré au poteau par le bourreau ; - en présence de M. Bonaparte et de son gouvernement, le citoyen, digne de ce nom, ne fait qu'une chose et n'a qu'une chose à faire : charger son fusil et attendre l'heure."

Jersey, 31 octobre 1852.
Victor Hugo

……………………………………………………………

Ainsi ce gouvernant dont l'ongle est une griffe
Ce masque impérial, Bonaparte apocryphe,
A coup sûr Beauharnais, peut-être Verhuell,
Qui, pour la mettre en croix, livra, sbire cruel,
Rome républicaine à Rome catholique,
Cet homme, l'assassin de la chose publique,
Ce parvenu, choisi par le destin sans yeux,
Ainsi, lui, ce glouton singeant l'ambitieux,
Cette altesse quelconque habile aux catastrophes,
Ce loup sur qui je lâche une meute de strophes,
Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur
A fait d'un jour d'orgueil un jour de déshonneur,
Mis sur la gloire un crime et souillé la victoire ;
Il a volé, l'infâme, Austerlitz à l'histoire ;
Brigand, dans ce trophée il a pris un poignard ;
Il a broyé bourgeois, ouvrier, campagnard ;
Il a fait de corps morts une horrible étagère
Derrière les barreaux de la cité Bergère ;
Il s'est, le sabre en main, rué sur son serment ;
Il a tué les lois et le gouvernement,
La justice, l'honneur, tout, jusqu'à l'espérance ;
Il a rougi de sang, de ton sang pur, ô France,
Tous nos fleuves, depuis la Seine jusqu'au Var ;
Il a conquis le Louvre en méritant Clamar ;
Et maintenant il règne, appuyant, ô patrie,
Son vil talon fangeux sur ta bouche meurtrie ;
Voilà ce qu'il a fait ; je n'exagère rien ;
Et quand, nous indignant de ce galérien
Et de tous les escrocs de cette dictature,
Croyant rêver devant cette affreuse aventure,
Nous disons, de dégoût et d'horreur soulevés :
- Citoyens, marchons ! Peuple, aux armes, aux pavés !
A bas ce sabre abject qui n'est pas même un glaive !
Que le jour apparaisse et que le droit se lève !
C'est nous, proscrits frappés par ces coquins hardis,
Nous, les assassinés, qui sommes les bandits !
Nous qui voulons le meurtre et les guerres civiles !
Nous qui mettons la torche aux quatre coins des villes !

Donc trôner par la mort, fouler aux pieds le droit ;
Etre fourbe, impudent, cynique, atroce, adroit ;
Dire : je suis César, et n'être qu'un maroufle ;
Etouffer la pensée et la vie et le souffle ;
Forcer quatre-vingt-neuf qui marche à reculer ;
Supprimer lois, tribune et presse ; museler
La grande nation comme une bête fauve ;
Régner par la caserne et du fond d'une alcôve ;
Restaurer les abus au profit des félons ;
Livrer ce pauvre peuple aux voraces Troplongs,
Sous prétexte qu'il fut, loin des temps où nous sommes,
Dévoré par les rois et par les gentilshommes ;
Faire manger aux chiens ce reste des lions ;
Prendre gaiement pour soi palais et millions,
S'afficher tout crûment satrape, et, sans sourdines,
Mener joyeuse vie avec des gourgandines ;
Torturer des héros dans le bagne exécré ;
Bannir quiconque est ferme et fer ; vivre entouré
De grecs, comme à Byzance autrefois le despote ;
Etre le bras qui tue et la main qui tripote ;
Ceci, c'est la justice, ô peuple, et la vertu !
Et confesser le droit par le meurtre abattu ;
Dans l'exil, à travers l'encens et les fumées.
Dire en face aux tyrans, dire en face aux armées :
- Violence, injustice et force sont vos noms ;
Vous êtes les soldats, vous êtes les canons ;
La terre est sous vos pieds comme votre royaume ;
Vous êtes le colosse et nous sommes l'atome ;
Eh bien ! guerre ! et luttons, c'est notre volonté.
Vous, pour l'oppression, nous, pour la liberté !
Montrer les noirs pontons, montrer les catacombes.
Et s'écrier, debout sur la pierre des tombes :
- Français ! craignez d'avoir un jour pour repentirs
Les pleurs des innocents et les os des martyrs !
Brise l'homme-sépulcre, ô France ! ressuscite !
Arrache de ton flanc ce Néron parasite !
Sors de terre sanglante et belle, et dresse-toi
Dans une main le glaive et dans l'autre la loi !
Jeter ce cri du fond de son âme proscrite,
Attaquer le forban, démasquer l'hypocrite.
Parce que l'honneur parle et parce qu'il le faut,
C'est le crime, cela ! - Tu l'entends, toi, là-haut !
Oui, voilà ce qu'on dit, mon Dieu, devant ta face !
Témoin toujours présent qu'aucune ombre n'efface,
Voilà ce qu'on étale à tes yeux éternels !

Quoi ! le sang fume aux mains de tous ces criminels !
Quoi ! les morts, vierge, enfant, vieillards et femmes grosses,
Ont à peine eu le temps de pourrir dans leurs fosses !
Quoi ! Paris saigne encor ! quoi, devant tous les yeux,
Son faux serment est là qui plane dans les cieux !
Et voilà comme parle un tas d'êtres immondes !
O noirs bouillonnements des colères profondes !

Et maint vivant, gavé, triomphant et vermeil,
Reprend : - ce bruit qu'on fait dérange mon sommeil.
Tout va bien. Les marchands triplent leurs clientèles,
Et nos femmes ne sont que fleurs et que dentelles !
- De quoi donc se plaint-on ? crie un autre quidam,
En flânant sur l'asphalte et sur le macadam,
Je gagne tous les jours trois cents francs à la Bourse.
L'argent coule aujourd'hui comme l'eau d'une source ;
Les ouvriers maçons ont trois livres dix sous,
C'est superbe ; Paris est sens dessus dessous.
Il paraît qu'on a mis dehors les démagogues.
Tant mieux. Moi j 'applaudis les bals et les églogues
Du prince qu'autrefois à tort je reniais.
Que m'importe qu'on ait chassé quelques niais ?
Quant aux morts, ils sont morts ! paix à ces imbéciles !
Vivent les gens d'esprit ! vivent ces temps faciles
Où l'on peut à son choix prendre pour nourricier
Le crédit mobilier ou le crédit foncier !
La république rouge aboie en ses cavernes,
C'est affreux ! liberté, droits, progrès, balivernes !
Hier encor j'empochais une prime d'un franc ;
Et moi, je sens fort peu, j 'en conviens, je suis franc,
Les déclamations m'étant indifférentes,
La baisse de l'honneur dans la hausse des rentes.

Ô langage hideux ! on le tient ! on l'entend !
Eh bien, sachez-le donc, repus au cœur content,
Que nous vous le disions bien une fois pour toutes,
Oui, nous, les vagabonds dispersés sur les routes,
Errant sans passeport, sans nom et sans foyer,
Nous autres, les proscrits qu'on ne fait pas ployer,
Nous qui n'acceptons point qu'un peuple s'abrutisse,
Qui d'ailleurs, ne voulons, tout en voulant justice,
D'aucune représaille et d'aucun échafaud,
Nous, dis-je, les vaincus sur qui Mandrin prévaut,
Pour que la liberté revive, et que la honte
Meure, et qu'à tous les fronts l'honneur serein remonte,
Pour affranchir Romains, Lombards, Germains, Hongrois,
Pour faire rayonner, soleil de tous les droits,
La République mère au centre de l'Europe,
Pour réconcilier le palais et l'échoppe,
Pour faire refleurir la fleur Fraternité,
Pour fonder du travail le droit incontesté ;
Pour tirer les martyrs de ces bagnes infâmes,
Pour rendre aux fils le père et les maris aux femmes,
Pour qu'enfin ce grand siècle et cette nation
Sortent du Bonaparte et de l'abjection,
Pour atteindre à ce but où notre âme s'élance,
Nous nous ceignons les reins dans l'ombre et le silence ;
Nous nous déclarons prêts - prêts, entendez-vous bien ?
Le sacrifice est tout, la souffrance n'est rien,
Prêts, quand Dieu fera signe, à donner notre vie ;
Car, à voir ce qui vit, la mort nous fait envie,
Car nous sommes tous mal sous ce drôle effronté
Vivant, nous sans patrie, et vous sans liberté !

Oui, sachez-le, vous tous que l'air libre importune
Et qui dans ce fumier plantez votre fortune,
Nous ne laisserons pas le peuple s'assoupir ;
Oui, nous appellerons, jusqu'au dernier soupir,
Au secours de la France aux fers et presque éteinte,
Comme nos grands aïeux, l'insurrection sainte ;
Nous convierons Dieu-même à foudroyer ceci ;
Et c'est notre pensée et nous sommes ainsi,
Aimant mieux, dût le sort nous broyer sous sa roue,
Voir couler notre sang que croupir votre boue.

Jersey, novembre 1852
Victor Hugo
Citation :
Applaudissement

Ô grande nation, vous avez à cette heure,
Tandis qu'en bas dans l'ombre on souffre, on râle, on pleure,
Un empire qui fait sonner ses étriers,
Les éblouissements des panaches guerriers,
Une cour où pourrait trôner le roi de Thune,
Une Bourse où l'on peut faire en huit jours fortune,
Des rosières jetant aux soldats leurs bouquets ;
Vous avez des abbés, des juges, des laquais,
Dansant sur des sacs d'or une danse macabre,
La banque à deux genoux qui harangue le sabre,
Des boulets qu'on empile au fond des arsenaux,
Un Sénat, les sermons remplaçant les journaux,
Des maréchaux dorés sur toutes les coutures,
Un Paris qu'on refait tout à neuf, des voitures
A huit chevaux, entrant dans le Louvre à grand bruit,
Des fêtes tout le jour, des bals toute la nuit,
Des lampions, des jeux, des spectacles ; en somme,
Tu t'es prostituée à ce misérable homme !

Tout ce que tu conquis est tombé de tes mains ;
On dit les vieux Français comme les vieux Romains,
Et leur nom fait songer leurs fils rouges de honte ;
Le monde aimait ta gloire et t'en demande compte,
Car il se réveillait au bruit de ton clairon.
Tu contemples d'un œil abruti ton Néron
Qu'entourent les Romieux déguisés en Sénèques,
Tu te complais à voir brailler ce tas d'évêque
Qui, sous la croix où pend le Dieu de Bethléem,
Entonnent leur Salvum fac imperatorem.
(Au fait, faquin devait se trouver dans la phrase.)
Ton âme est comme un chien sous le pied qui l'écrase ;
Ton fier quatre-vingt-neuf reçoit des coups de fouet
D'un gueux qu'hier encor l'Europe bafouait ;
Tes propres souvenirs, folle, tu les lapides.
La Marseillaise est morte à tes lèvres stupides.
Ton Champ-de-Mars subit ces vainqueurs répugnants,
Ces Maupas, ces Fortouls, ces Bertrands, ces Magnans,
Tous ces tueurs portant le tricorne en équerre,
Et Korte, et Carrelet, et Canrobert Macaire.
Tu n'es plus rien ; c'est dit, c'est fait, c'est établi.
Tu ne sais même plus, dans ce lugubre oubli,
Quelle est la nation qui brisa la Bastille.
On te voit le dimanche aller à la Courtille,
Riant, sautant, buvant, sans un instinct moral,
Comme une drôlesse ivre au bras d'un caporal
Des soufflets qu'il te donne on ne sait plus le nombre.
Et, tout en revenant sur ce boulevard sombre
Où le meurtre a rempli tant de noirs corbillards,
Où bourgeois et passants, femmes, enfants, vieillards,
Tombèrent effarés d'une attaque soudaine,
Tu chantes Turlurette et la Faridondaine !

C'est bien, descends encore et je m'en réjouis,
Car ceci nous promet des retours inouïs,
Car, France, c'est ta loi de ressaisir l'espace,
Car tu seras bien grande ayant été si basse !
L'avenir a besoin d'un gigantesque effort.
Va, traîne l'affreux char d'un satrape ivre mort,
Toi, qui de la victoire as conduit les quadriges.
J'applaudis. Te voilà condamnée aux prodiges.
Le monde, au jour marqué, te verra brusquement
Egaler la revanche à l'avilissement,
Ô Patrie, et sortir, changeant soudain de forme,
Par un immense éclat de cet opprobre énorme !
Oui, nous verrons, ainsi va le progrès humain,
De ce vil aujourd'hui naître un fier lendemain,
Et tu rachèteras, ô prêtresse, ô guerrière,
Par cent pas en avant chaque pas en arrière !
Donc recule et descends ! tombe, ceci me plaît !
Flatte le pied du maître et le pied du valet !
Plus bas ! baise Troplong ! plus bas ! lèche Baroche !
Descends, car le jour vient, descends, car l'heure approche,
Car tu vas t'élancer, ô grand peuple courbé,
Et, comme le jaguar dans un piège tombé,
Tu donnes pour mesure, en tes ardentes luttes,
A la hauteur des bonds la profondeur des chutes !

Oui, je me réjouis ; oui, j'ai la foi ; je sais
Qu'il faudra bien qu'enfin tu dises : c'est assez !
Tout passe à travers toi comme à travers le crible,
Mais tu t'éveilleras bientôt, pâle et terrible,
Peuple, et tu deviendras superbe tout à coup.
De cet empire abject, bourbier, cloaque, égout,
Tu sortiras splendide, et ton aile profonde
En secouant la fange éblouira le monde !
Et les couronnes d'or fondront au front des rois,
Et le pape, arrachant sa tiare et sa croix,
Tremblant, se cachera comme un loup sous sa chaire,
Et la Thémis aux bras sanglants, cette bouchère,
S'enfuira vers la nuit, vieux monstre épouvanté,
Et tous les yeux humains s'empliront de clarté,
Et l'on battra des mains de l'un à l'autre pôle,
Et tous les opprimés, redressant leur épaule,
Se sentiront vainqueurs, délivrés et vivants,
Rien qu'à te voir jeter ta honte aux quatre vents !

Jersey, septembre 1853
Victor Hugo
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Mayrik
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Mar 7 Mar à 5:21

Citation :
L’avenir arrivera-t-il ? il semble qu’on peut presque se faire cette question quand on voit tant d’ombre terrible. Sombre face-à-face des égoïstes et des misérables. Chez les égoïstes, les préjugés, les ténèbres de l’éducation riche, l’appétit croissant par l’enivrement, un étourdissement de prospérité qui assourdit, la crainte de souffrir qui, dans quelques-uns, va jusqu’à l’aversion des souffrants, une satisfaction implacable, le moi si enflé qu’il ferme l’âme ; chez les misérables, la convoitise, l’envie, la haine de voir les autres jouir, les profondes secousses de la bête humaine vers les assouvissements, les cœurs pleins de brume, la tristesse, le besoin, la fatalité, l’ignorance impure et simple.

Faut-il continuer de lever les yeux vers le ciel ? le point lumineux qu’on y distingue est-il de ceux qui s’éteignent ? L’idéal est effrayant à voir, ainsi perdu dans les profondeurs, petit, isolé, imperceptible, brillant, mais entouré de toutes ces grandes menaces noires monstrueusement amoncelées autour de lui ; pourtant pas plus en danger qu’une étoile dans les gueules des nuages.

……………………………………………………………

"C’est bien. Mais tout cela vaut-il le sang versé ? Et au sang versé ajoutez l’avenir assombri, le progrès compromis, l’inquiétude parmi les meilleurs, les libéraux honnêtes désespérant, l’absolutisme étranger heureux de ces blessures faites à la révolution par elle-même, les vaincus de 1830 triomphant, et disant : Nous l’avions bien dit ! Ajoutez Paris grandi peut-être, mais à coup sûr la France diminuée. Ajoutez, car il faut tout dire, les massacres qui déshonoraient trop souvent la victoire de l’ordre devenu féroce sur la liberté devenue folle. Somme toute, les émeutes ont été funestes."

Ainsi parle cet à peu près de sagesse dont la bourgeoisie, cet à peu près de peuple, se contente si volontiers.

Quant à nous, nous rejetons ce mot trop large et par conséquent trop commode : les émeutes. Entre un mouvement populaire et un mouvement populaire, nous distinguons. Nous ne nous demandons pas si une émeute coûte autant qu’une bataille. D’abord pourquoi une bataille ? Ici la question de la guerre surgit. La guerre est-elle moins fléau que l’émeute n’est calamité ? Et puis, toutes les émeutes sont-elles calamités ? Et quand le 14 juillet coûterait cent vingt millions ? L’établissement de Philippe V en Espagne a coûté à la France deux milliards. Même à prix égal, nous préférerions le 14 juillet. D’ailleurs nous repoussons ces chiffres, qui semblent des raisons et qui ne sont que des mots. Une émeute étant donnée, nous l’examinons en elle-même. Dans tout ce que dit l’objection doctrinaire exposée plus haut, il n’est question que de l’effet, nous cherchons la cause.

……………………………………………………………

L’insurrection est l’accès de fureur de la vérité; les pavés que l’insurrection remue jettent l’étincelle du droit.

……………………………………………………………

Parfois, insurrection, c’est résurrection.

……………………………………………………………

L’honnêteté d’un grand cœur, condensée en justice et en vérité, foudroie.

……………………………………………………………

Toutes les protestations armées, même les plus légitimes, même le 10 août, même le 14 juillet, débutent par le même trouble. Avant que le droit se dégage, il y a tumulte et écume. Au commencement l’insurrection est émeute, de même que le fleuve est torrent. Ordinairement elle aboutit à cet océan : révolution.

……………………………………………………………

Du reste, insurrection, émeute, en quoi la première diffère de la seconde, le bourgeois, proprement dit, connaît peu ces nuances. Pour lui tout est sédition, rébellion pure et simple, révolte du dogue contre le maître, essai de morsure qu’il faut punir de la chaîne et de la niche, aboiement, jappement ; jusqu’au jour où la tête du chien, grossie tout à coup, s’ébauche vaguement dans l’ombre en face de lion.

……………………………………………………………

Citoyens, quoi qu’il arrive aujourd’hui, par notre défaite aussi bien que par notre victoire, c’est une révolution que nous allons faire. De même que les incendies éclairent toute la ville, les révolutions éclairent tout le genre humain. Et quelle révolution ferons-nous ? Je viens de le dire, la révolution du Vrai. Au point de vue politique, il n’y a qu’un seul principe – la souveraineté de l’homme sur lui-même. Cette souveraineté de moi sur moi s’appelle Liberté. Là où deux ou plusieurs de ces souverainetés s’associent commence l’État. Mais dans cette association il n’y a nulle abdication. Chaque souveraineté concède une certaine quantité d’elle-même pour former le droit commun. Cette quantité est la même pour tous. Cette identité de concession que chacun fait à tous s’appelle Égalité. Le droit commun n’est pas autre chose que la protection de tous rayonnant sur le droit de chacun. Cette protection de tous sur chacun s’appelle Fraternité. Le point d’intersection de toutes ces souverainetés qui s’agrègent s’appelle Société. Cette intersection étant une jonction, ce point est un nœud. De là ce qu’on appelle le lien social. Quelques-uns disent contrat social, ce qui est la même chose, le mot contrat étant étymologiquement formé avec l’idée de lien. Entendons-nous sur l’égalité ; car, si la liberté est le sommet, l’égalité est la base. L’égalité, citoyens, ce n’est pas toute la végétation à niveau, une société de grands brins d’herbe et de petits chênes ; un voisinage de jalousies s’entre-châtrant ; c’est, civilement, toutes les aptitudes ayant la même ouverture ; politiquement, tous les votes ayant le même poids ; religieusement, toutes les consciences ayant le même droit. L’Égalité a un organe : l’instruction gratuite et obligatoire. Le droit à l’alphabet, c’est par là qu’il faut commencer. L’école primaire imposée à tous, l’école secondaire offerte à tous, c’est là la loi. De l’école identique sort la société égale. Oui, enseignement ! Lumière ! lumière ! tout vient de la lumière et tout y retourne.

……………………………………………………………

C’est toujours à ses risques et périls que l’utopie se transforme en insurrection, et se fait de protestation philosophique protestation armée, et de Minerve Pallas. L’utopie qui s’impatiente et devient émeute sait ce qui l’attend ; presque toujours elle arrive trop tôt. Alors elle se résigne, et accepte stoïquement, au lieu du triomphe, la catastrophe. Elle sert, sans se plaindre, et en les disculpant même, ceux qui la renient, et sa magnanimité est de consentir à l’abandon. Elle est indomptable contre l’obstacle et douce envers l’ingratitude.

……………………………………………………………

On accuse les révolutionnaires de semer l’effroi. Toute barricade semble attentat. On incrimine leurs théories, on suspecte leur but, on redoute leur arrière-pensée, on dénonce leur conscience. On leur reproche d’élever, d’échafauder et d’entasser contre le fait social régnant un monceau de misères, de douleurs, d’iniquités, de griefs, de désespoirs, et d’arracher des bas-fonds des blocs de ténèbres pour s’y créneler et y combattre. On leur crie : Vous dépavez l’enfer ! Ils pourraient répondre : C’est pour cela que notre barricade est faite de bonnes intentions.

Le mieux, certes, c’est la solution pacifique. En somme, convenons-en, lorsqu’on voit le pavé, on songe à l’ours, et c’est une bonne volonté dont la société s’inquiète. Mais il dépend de la société de se sauver elle-même ; c’est à sa propre bonne volonté que nous faisons appel. Aucun remède violent n’est nécessaire. Étudier le mal à l’amiable, le constater, puis le guérir. C’est à cela que nous la convions.

……………………………………………………………

Car, et ceci est beau, c’est toujours pour l’idéal, et pour l’idéal seul que se dévouent ceux qui se dévouent. Une insurrection est un enthousiasme. L’enthousiasme peut se mettre en colère ; de là les prises d’armes. Mais toute insurrection qui couche en joue un gouvernement ou un régime vise plus haut. Ainsi, par exemple, insistons-y, ce que combattaient les chefs de l’insurrection de 1832, et en particulier les jeunes enthousiastes de la rue de la Chanvrerie, ce n’était pas précisément Louis-Philippe. La plupart, causant à cœur ouvert, rendaient justice aux qualités de ce roi mitoyen à la monarchie et à la révolution ; aucun ne le haïssait. Mais ils attaquaient la branche cadette du droit divin dans Louis-Philippe comme ils en avaient attaqué la branche aînée dans Charles X ; et ce qu’ils voulaient renverser en renversant la royauté en France, nous l’avons expliqué, c’était l’usurpation de l’homme sur l’homme et du privilège sur le droit dans l’univers entier. Paris sans roi a pour contre-coup le monde sans despotes. Ils raisonnaient de la sorte. Leur but était lointain sans doute, vague peut-être, et reculant devant l’effort ; mais grand.

Cela est ainsi. Et l’on se sacrifie pour ces visions, qui, pour les sacrifiés, sont des illusions presque toujours, mais des illusions auxquelles, en somme, toute la certitude humaine est mêlée. L’insurgé poétise et dore l’insurrection. On se jette dans ces choses tragiques en se grisant de ce qu’on va faire. Qui sait ? on réussira peut-être. On est le petit nombre ; on a contre soi toute une armée ; mais on défend le droit, la loi naturelle, la souveraineté de chacun sur soi-même qui n’a pas d’abdication possible, la justice, la vérité, et au besoin on mourra comme les trois cents Spartiates. On ne songe pas à Don Quichotte, mais à Léonidas. Et l’on va devant soi, et, une fois engagé, on ne recule plus, et l’on se précipite tête baissée, ayant pour espérance une victoire inouïe, la révolution complétée, le progrès remis en liberté, l’agrandissement du genre humain, la délivrance universelle ; et pour pis aller les Thermopyles.

Ces passes d’armes pour le progrès échouent souvent, et nous venons de dire pourquoi. La foule est rétive à l’entraînement des paladins. Ces lourdes masses, les multitudes, fragiles à cause de leur pesanteur même, craignent les aventures ; et il y a de l’aventure dans l’idéal.

D’ailleurs, qu’on ne l’oublie pas, les intérêts sont là, peu amis de l’idéal et du sentimental. Quelquefois l’estomac paralyse le cœur.

La grandeur et la beauté de la France, c’est qu’elle prend moins de ventre que les autres peuples ; elle se noue plus aisément la corde aux reins. Elle est la première éveillée, la dernière endormie. Elle va en avant. Elle est chercheuse.

Cela tient à ce qu’elle est artiste.

Victor Hugo
Pourquoi tant de haine, me direz-vous. Je répondrai simplement que lorsque le gouvernement ne nous respecte plus, il doit alors nous craindre.

Les flèches de Victor Hugo étaient destinée à un despote d'un autre temps, mais je suis persuadé que si il vivait actuellement, il ne se priverait pas d'en décocher quelques unes.

Citation :
"Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit"
Lacordaire
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MessageSujet: Re: Les valeurs de notre République   Mar 7 Mar à 16:52

Si quelqu'un a tout lu, qu'il fasse signe. batman
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